Si il y avait un raid qui me faisait un peu peur sur le papier, c'était bien celui là ! Plus de 120km non stop, dont une grande partie de nuit car le départ est à 23h15, pour une arrivée prévue à 15h, soit 16 heures d'effort...
Si vous voulez un aperçu du périple effectué, voici la carte élaborée par Steeve:
http://maps.google.com/maps/ms?ie=UTF8&hl=fr&msa=0&msid=110157347013767135981.00000112f6229bf1c3871&z=11&om=1
On arrive tranquillement vers 20h30 au stade, on passe au contrôle où l'on récupère la feuille de route du raid avec toutes les épreuves et les barrières horaires, et là, on commence à se demander ce que l'on fait là, non, vraiment ! Les parties vtt sont très longues, dont une qui fait plus de 30km d'un coup et en plus elles ont souvent lieu la nuit, alors que notre éclairage est vraiment limite à vtt, ça fait un peu peur... Et, pour continuer dans l'extrême (c'est logique c'est la catégorie où on s'est inscrit), le canoë a lieu de nuit... Bon en tout cas, l'objectif c'est Versailles par les chemins !
Et ça, c'est vraiment un concept génial, au lieu de rayonner autour d'un point, ce qui est souvent le cas, on part par différentes étapes jusqu'à Versailles, c'est donc en itinérant et souvent loin du point de départ que se déroulera le raid. Pour rentrer de Versailles, faudra pas être en retard car le dernier train est à 13h13.
Une fois bien lue la feuille de route, on se prépare et on rejoint l'aire de départ, sur la piste de 400m et là c'était franchement marrant. Feu d'artifice à 23h sur le stade et plein de monde était venu pour le voir ainsi que le départ du raid au passage. 23h15, départ, on commence par un tour de la piste de 400m en peloton pour saluer la foule (hihi) au son de "We are the champions", et sous les encouragements du public (si si c'est vrai). Ensuite, c'est partit pour 16 heures non stop.
On commence par une première petite portion de vtt de 3km qui nous emmène sur le lieu de la première CO à Mamouzet, et déjà, première poussette dans une longue montée. On fait une CO correcte mais sans plus, limitée à 45mn sinon pénalités, puis on repart pour 13km de vtt pour revenir au stade. Et là, on commence à merder, on râte une balise car on s'est planté de chemin. Cette portion est plutôt très roulante, alternant chemin dans les bois et champs.
De retour au stade vers 1h45, on passe au tir à l'arc, je fais un fiasco, comme d'hab mais cette fois j'ai une excuse, les types de l'organisation se sont plantés et m'ont donné un arc pour gaucher, du coup, impossible de viser... Steeve récupère le bon arc et fait un carton, que du jaune ou au pire du rouge, du coup, on ressort de là sans pénalité, heureusement car courir autour du stade pour trouver des balises cachées y a plus marrant à 2h du mat...
Une fois le tir effectué, on part pour un trail de 2km jusqu'au canoë qui avait pas l'air méchant sauf que, première surprise du jour, ou plutôt de la nuit, il fait traverser un bras de l'Eure à la sortie du stade sous peine de se prendre des points de pénalité ! On dépasse des camarades qui prennent le temps d'enlever leurs chaussures mais nous on préfère pas, on sait jamais ce qu'il y a au fond... J'ai de l'eau jusqu'en haut des cuisses, ça commence bien. C'est donc pieds trempés et même un peu plus que l'on part sur le trail où l'on marche un peu histoire de pas se casser sur le bitume. Mais comme on commence à geler sur place, on repart finalement en courrant et on arrive au canoë à Hanches.
On récupère gilets, pagaies et bateau et c'est partit. Franchement, on ne voyait pas grand chose... Avec la brume sur l'eau, les frontales faisaient le même effet que des phares de voiture dans le brouillard. En tout cas on a ramé fort et on a été chercher une balise assez loin, la moitié du temps à contre courant. Le moins drôle c'était les changements de berge, dont l'un en particulier était assez méchant car franchement haut, genre un bon mètre voir un peu plus et super glissant dans la boue avec les passages successifs. Il a fallu monter le canoë à bout de bras après être monté nous même comme on a pu, en faisant toujours attention de pas paumer la carte. J'ai franchi ça en rampant comme j'ai pu après avoir du me mettre une nouvelle fois dans l'eau. Le plus drôle se fut la redescente de cette berge un peu plus tard, on a mis le canoë à l'eau, je suis montée dedans et Steeve a suivi, mais en glissant tout le long du talus pour atterrir en plein à sa place, trop fort ! Sauf que, l'on se rend compte que c'était l'autre bras pour récupérer une balise sur le retour... On se regarde en se rendant compte de l'erreur en voyant les autres passer de l'autre côté mais tant pis, on pas franchement envie de recommencer les grandes manoeuvres... Donc encore une balise de perdue...
On retourne ensuite par le stade en courant pour récupérer les VTT et partir pour la plus longue étape, de 32km annoncé qui sera en fait plutôt de l'ordre de 40, il est un plus de 3 heures. On est trempé et complètement gelé et on s'est en fait pris un méchant choc thermique dans la tête qui va nous mettre à moitié out l'un après l'autre: envie de vomir, plus de jus, impossible d'avaler quoi que se soit... Par contre, les organisateurs ont eu la bonne idée de préparer une soupe au stade, que l'on a avalé avant de partir à vtt. On aime pas trop ça mais ça fait du bien.
Les gants de vtt trempés, on est partit sans, ce qui n'est franchement très sympa non plus, surtout au petit matin avec le vent et dans les passages avec des ronces, en plus des ampoules. Ce fut vraiment l'étape la plus dure pour nous. Il était super tard, ou tôt, le jour commençait à pointer, il faisait froid, c'était long et souvent dur physiquement avec de méchantes montées... Par contre, voir le jour se lever dans les bois et les champs, la brume se dissiper petit à petit, les animaux se promerner... ça a vraiment quelque chose de magique. On est parvenu à arriver jusqu'aux Vaux de Cernay, dans la vallée de Chevreuse, en s'étant encore souvent planté de chemins et donc, en ratant encore des balises... Mais bon, notre objectif est vraiment de finir le raid, qui commence à être très long et à nous user sérieusement. Steeve a vraiment un gros coup de barre depuis le canoë mais il s'accroche et décide de continuer.
On décide de zapper la CO qui était pourtant très sympa, car l'on veut absolument arriver à Versailles dans les temps pour faire celle du parc du château. On repart donc pour 12km à VTT jusqu'à Millon. Et là, on retrouve un second souffle grâce au superbe parcours, qui empruntait pour partie les chemins de la Jean Racine mais en sens inverse. L'une des plus belles descentes, longues, bien pentues et technique, et bien évidemment on l'a fait en montée et en poussant ! Vraiment dur, ils nous auront pas épargné niveau dénivelée, et ça jusqu' à l'arrivée. En tout cas on perd pas notre bonne habitude du jour, on fait encore n'importe quoi en orientation, surtout la fatigue aidant, et on rate un paquet de balises en se rajoutant souvent des km.
Arrivés à Millon, ce coup-ci c'est le bike and run que l'on décide de pas faire. Le type de l'organisation nous annonce un truc sympa: "il y a 8 balises cartées, mais seulement 3 à trouver et il faut les faire dans l'ordre"... Bon franchement, ça fait 26km, on est pas en avance, on décide de continuer à VTT jusqu'à Versailles, pour 20km. On ne cherche plus du tout les points depuis un bout de temps, on est vraiment focalisé sur le château avec une grosse envie de finir dans les temps, il est à peu près 9 heure.
On repart donc à vtt, on croise des vttistes du coin avec qui on discute 2 minutes, car ça les étonnait un peu de voir des gens courir avec un casque sur la tête, ils se demandaient ce qui se passait. Après notre petite discussion, évidemment on est partit du mauvais côté, donc demi tour et là, se fut le passage le plus horrible du raid ! Une côté énorme, tant en dénivelé qu'en distance, et limite infaisable. C'était une espèce de tranchée creusée par les eaux, avec des éboulis dans tous les sens, impossible de marcher au même niveau que le vtt, il a fallu le porter à plusieurs reprises pour monter des marches super hautes... Les quadriceps commence à me brûler fortement et on en voit pas le bout. On commence à douter sérieusement de notre chemin mais, après un virage, balise ! Là franchement ils ont fait fort, cette côte, tout le monde en parlera à l'arrivée et l'organisateur également au moment du podium.
Après s'être encore perdu à plusieurs reprises, dont une fois assez sérieusement où l'on a du demander de l'aide à une personne croisée sur un chemin, on arrive enfin près de Versailles. Autre passage marrant, les bois de Versailles, où, vers 11h, il y a pas mal de monde. On a croisé un groupe de petits vieux en rando qui nous disaient un par un dans une montée difficile où il a encore fallu pousser "ce serait plus facile en descente"... Oui, mais nous on le fait en montée, c'est con ! Finalement on se perd encore une dernière fois au moment de la descente vers la ville, mais on finit par trouver le PC course en centre ville de Versailles.
On récupère enfin les cartes de CO et c'est partit ! Franchement c'était vraiment marrant, surtout la tête des touristes voyant débarquer des gens plein de boue, puant la vase, qui couraient dans tous les sens. Surtout que la première balise, elle était accrochée aux grilles de l'entrée principale du château. Comme on ne cherche pas du tout les points, on décide d'aller chercher une balise dans le parc, histoire de rigoler un peu, au lieu de récupérer celle en ville à côté du PC. On fait donc le tour du château jusqu'à l'entrée du parc, en essayant de pas trop traîner car on a qu'une petite heure avant de devoir reprendre le train. Evidemment, la balise était planquée derrière un énorme tas de ronces et au milieu des arbres...
On se dépêche de rentrer chercher les vtt et récupérer nos billets de train au pc course, puis direction la gare en groupe, car on arrive quasiment tous à la même heure, forcément... Autre moment rigolo, le passage en troupeau dans la gare avec les vélos, les sacs... Du coup on se retrouve très nombreux sur le quai et le contrôleur nous dit de bien nous étaler, je crois qu'il s'est demandé comment on allait tous rentrer avec les vélos. En attendant le train, j'ai fais la connerie de m'asseoir par terre, et, évidemment, quasiment impossible de me relever. Faut dire que ça fait 14h que l'on court et fait du vélo, ça commence à se sentir... Comme aucun moment de répit n'est prévu, et oui, la course n'est pas finie, il faut reporter les balises de la prochaine CO sur la carte. Heureusement, Steeve s'en charge, ce qui me laisse un peu de repos. Il me passe ensuite la carte dans le train, pour que je regarde un peu le parcours, mais, j'étais complètement incapable de lire la carte et je me suis même endormie d'un coup, sans m'en rendre compte... Heureusement que Steeve m'a réveillée à Epernon, car sinon je continuais jusqu'à Chartres...
On reprend nos vtt et c'est repartit pour 2 petits km jusqu'à la CO, avec encore une longue montée que l'on a fait en groupe en poussant. Par contre, pour une fois, on a fait plutôt une bonne CO. Steeve était survolté pour les derniers km et on a couru assez vite, sans faire d'erreur pour une fois et on a récupéré pas mal de balises. Il a même repris la puce pour aller pointer à ma place, car il avait nettement plus de jus à ce moment ! On a terminé tout juste dans les temps, à une minute près, car on avait encore que 45mn et on est vraiment allé chercher le max de balises, on a plutôt pas mal optimisé sur ce coup.
C'est repartit pour les 2 derniers km à vtt, en descente, où on a encore réussit à se planter, heureusement que sur 100m, car avec la fatigue, ça devient impossible de lire la carte. On franchit la ligne, complètement épuisés, mais on a finit. Pour le moment, c'est sûrement un de mes plus beaux souvenirs en sport (sauf la première fois aux 5 heures moto de Vincy). 120 km, 16 heures non stop sauf une demi heure de train (au passage c'est là que l'on s'est rendu compte du chemin parcouru, 30mn en train pour rentrer ça fait long...), 94km au compteur vtt...
Comme l'on était que 4 équipes mixte, l'organisateur nous appelle tous sur le podium et félicite toutes les équipes du raid. Ils ont avoué qu'ils avaient préparé un truc vraiment dur, plus que l'année précédente paraît-il. En discutant un peu avec lui, il nous a avoué qu'ils ont eu un peu peur pour l'état physique et moral des équipes après le canoë et avant la plus longue portion à vtt. D'où la soupe, pas prévue au départ. Plusieurs équipes ont abandonné sur blessures, faut dire que dans les bois en courant et à vtt de nuit, c'est pas étonnant. Comme d'hab, plusieurs chutes à mon compteur, toutes de nuit et à vélo, souvent à cause d'ornières que je n’avais pas vu dans les chemins.
Vraiment le plus beau raid à mon avis auquel on a participé, c'était vraiment dur, physiquement, techniquement, en orientation, un pur défi physique et mental... C'est marrant de voir la lune se lever, puis se coucher, les gens au début qui discutent autour du barbecue dans le jardin, puis les lumières qui s'éteignent, la nuit bien noire, avec de temps en temps le bruit des animaux nocturnes, l'aube qui commence à pointer, la frontale qui devient inutile, la rosée du matin et les faisans qui se baladent...
On a failli lâcher au petit matin après 6-7 heures d'effort et en pensant à ce qu'il restait. Mais on a quand même continué. Aucune ambition au classement, juste la volonté de finir, et ça l'a fait.